Frappes en binaire
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Général MELL1NET, sénateur, président (France).
Georges K.ASCNER, de l'Institut, vice-président (France).
Ambroise THOMAS, membre de l'Institut (France).
FEUS, directeur du Conservatoire de Bruxelles, rapporteur (Belgique).
HANSUCK, professeur à l'Université de Vienne (Autriche). SCHLEDMAYER, facteur de pianos à Stuttgart (Prusse).
Lord FlETZGERALD (Angleterre).
L'honorable EGGEFITON (Angleterre).
Membres associés n'ayant pas pris part au vote. Auguste WOLFF.
Henri l'Enz.
Pierre SCHAEFFEE.
VUILLAUME.
I. CoO en cordes de soie abae. — 2. Portadsion. — 3. instrumente à cordes. — 4. KIN , lyre chinoise. — 5. laan. cave hanches libres.-8 — 8, F1hles. —O. Y:111On de sens. — IO. BISER ea bois, —
II. (000-200. -- 12. Deux tambours. — 13. Sorte do tambourin. — 14. Instrument do pierres sonores. — 15, TO-TAN
en Cloche. — 17. Timbales, l'une en cuivre, l'autre en acier. — 18. Timbales en MW°. •
LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
APERÇU GÉNÉRAL.
Les instruments de musique peuvent se diviser en six grandes catégories, dont chacune se subdivise en plusieurs sections.
Les six grandes catégories comprennent : les instruments à cordes, — les instruments à vent à embouchure, — les instruments à vent, à clavier,—les instruments mécaniques,— les instruments mixtes formés d'éléments appartenant aux familles indiquées plus haut,—et les instruments de percussion.
Les instruments à cordes se subdivisent en instruments à archet, instruments à cordes pincées, instruments à cordes frappées.
Les instruments à vent se subdivisent en instruments à souffle à embouchure latérale, — en instruments à anches à double languette,— en instruments à anches à languette simple battante, — en instruments de cuivre à embouchure conique ou à bocal, — en instruments à clavier à tuyaux, — en instruments à clavier à anches libres, — en instruments mécaniques à tuyaux.
Enfin, l'industrie si importante des instruments de musique se complète en outre des instruments mixtes et de percussion , — partagés en plusieurs branches, — des produits divers qu'on ,désigne sous le nom (l'objets accessoires des instruments de musique.
Nous allons examiner successivement cette grande famille de l'harmonie chez les différents peuples du monde, et cela sans sortir de cette Exposition universelle qui fait l'objet de notre travail : car il n'est pas une nation, pas une tribu sauvage, qui n'ait enrichi cet immense musée de quelque instrument de musique.
La France se présente d'abord, autant par les excellents produits de sa fabrication que par le nombre de ses exposants.
Mais que de richesses et que de curiosités instrumentales fournies
548 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
par la Grande-Bretagne, par l'Autriche, par la Prusse, par l'Italie, par la Belgique, par la Russie, par la Turquie, par la Suisse, par l'Espagne, par le Portugal, par les grands-duchés de Hesse et de Bade, par les États-Unis, par la Grèce, par le Danemark, par la Suède et ta Nonvége, par'les Pays-Bas, par l'Égypte, par le Brésil, par le Maroc, par le Chili, par l'Uruguay , par la République Argentine, par Java, par les États Pontificaux, par l'empire chinois, par le royaume de Siam, — dont le premier et le seul exposant était le roi de Siam lui-même, Sa ,Vlajcsté Semdelch-Phra-Parainedr-Maha-Mongkut , — par les peuplades du centre de l'Afrique, par les tribus des Montagnes Rocheuses, etc., etc.
Il n'est pas jusqu'il la principauté de Liou-Kiou, qui n'ait tenu à honneur de figurer dans cette galerie des arts libéraux où la musique avait une si large place.
Mais ce n'est pas tout encore, et Part musical, qui ne perd ses droits nulle part, se retrouvait sous la forme d'instruments historiques dans cette exposition toute spéciale et d'un intérêt si puissant, qui avait nom Histoire du travail et monuments historiques
1. ARRÊTÉ RELATIF A L'EXPOSITION DES OEUVRES CARACTÉRISANT LES GRANDES ÉPOQUES
DE L'HISTOIRE DU TRAVAIL.
Le ministre d'État, vice-président de la commission impériale,
Vu le décret du 4 0, février 1865 instituant la commission impériale ;
Considérant que l'achèvement des plans du palais permet d'organiser dans ses détails l'exposition des œuvres antérieures au Xie siècle.
Considérant qu'il importe à la pratique des arts et à l'étude de leur histoire de faciliter la comparaison des produits du travail de l'homme aux diverses époques et chez les différents peuples, de fournir aux producteurs de toutes sortes de modèles à imiter. et de signaler à l'attention publique les personnes qui conservent les oeuvres remarquables des temps passés ;
ARRĂŠTE :
ARTICLE 4nr. — Lagalerie de l'histoire du travail recevra les objets produits dam les différentes contrées depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du xvine siècle.
ART. 2. — Les objets se rattachaut à l'industrie de chaque nation seront placés dans une portion distincte de la galerie, et disposés de manière à caractériser les époques principales de l'histoire de chaque peuple.
ART. 3. — L'exposition des sections étrangères sera faite par le soin des commissions chargées d'organiser la participation de chaque pays à l'exposition universelle de 1907.
Àter. 4. — Une commission spéciale est chargée d'organiser pour la section française l'exposition dee produits caractérisant les différentes époques de lihistoire du travail national, et de soumettre à l'approbation de la commission impériale les règlements et instructions à publier dans ce but.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 549
On peut dire à juste titre que les instruments de musique ont été le produit le plus universellement représenté de l'industrie humaine tout entière, dans cet entrepôt merveilleux du génie de tous les peuples, appelé le Champ-de-Mars.
Quel fait plus digne de remarque pour l'artiste et pour le philosophe!
C'est que la musique est bien véritablement le langage du coeur, et que les sentiments naturels sont partout les mêmes, à Paris comme à 'Tombouctou, à Londres comme chez les Lutuani. Sans doute, l'expression varie suivant les peuples, leur éducation, leurs moeurs, leurs habitudes ; mais ce ne sont là que des manifestations diverses d'un même sentiment, et l'on peut être sublime en chantant une bamboula accompagnée d'une marimba, tout autant qu'en disant un grand air avec l'appui d'un orchestre complet. Le sublime, en musique du moins, est moins dansa forme que dans le manifestation du sentiment élevée à la puisssance d'idée. L'idée, quand elle existe réellement, quel que soit l'agent qui serve à la manifester, quelle que soit la forme dans laquelle elle nous apparaît, séduit notre âme et la remplit de poétiques et re7stérieuses révélations. L'idée serait-elle, comme l'a dit quelque part Lamennais, un reflet du grand oeuvre de la nature, dont nous sentons, par un phénomène délicieux d'affinités, vibrer en nous la divine harmonie ?
ART. 5. — Sont nommés membres de cette commission
Lo comte DE NuinvEnximan,séneteur, membre de l'Institut, surintendant des beaux-arts, président de la commission impériale des monuments historiques de France ;
Le marquis L.-R. DE Lapones, membre de l'Institut, directeur général des archives de l'empire, membre de la commission impériale des monuments historiques de France ;
DE LONGPERIER, membre de l'Institut, conservateur des antiquités au musée du Louvre, membre de la commission impériale des monuments historiques do France ;
L. Du Solimena, directeur du musée des Thermes et de l'hôtel de Cluny, membre de la commission impériale des monuments historiques de France ;
LAIITEL, membre honoraire de la Société d'anthropologie ;
Le baron Alphonse ne Roruscnum ;
Alfred DARCEL, attaché à la conservation des musées impériaux, membre du comité impérial des travaux historiques, secrétaire.
ART. 6. — La Commission sera présidée par N. le comte de Nieuverkerke.
Anr. 7. — La Commission pourra s'adjoindre des comités spéciaux dont les membres seront nommés sur e proposition.
ART. 8. — Le Conseiller d'État, commissaire général, est chargé de l'exécution du présent arrété.
Paris, le 8 janvier 1866.
Le Ministre d'et t, vice-président de la commission impériale ,
Signé : BOUDE«.
5?O LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
Du n beaucoup'parlé de'progrès en musique depuis quelque temps surtout, et il existe de par le monde des gens de très-bonne foi qui s'imaginent avoir découvert, sous ce titre orgueilleux de musique de l'avenir, toute la philosophie de l'art et les vrais accents du coeur. Jusqu'à l'arrivée de ces admirables docteurs, le coeur humain n'avait donc fait que radoter I Il parle à cette heure, grâce à eux, à leurs découvertes dans le domaine du sentiment I Ils l'assurent sérieusement, et il est de braves gens qui les écoutent sans rire I Fatigué d'entendre bourdonner à ses oreilles par les hannetons de la musique les gros mots de progrès,' décadence, avenir, passé, présent, convention, l'auteur de Guillaume Tell s'est à la fin impatienté, lui pourtant si doux, si endurant, et dans une épître familière à M. Filippi, directeur du Nundo artistico, de Milan, il vient de jeter la lumière la plus pure, la plus saisissante sur les rives obscurs de tous ces cerveaux malades. Pour tous ceux que n'aveugle pas l'esprit de parti et dont l'excitation des nerfs n'a pas troublé la raison, il est clair que les apôtres de la nouvelle école musicale ne sont pas les inventeurs du beau en musique, et que le coeur humain existait avant eux. Mais qu'ont-ils donc découvert, ces Christophe Colomb du Nouveau-Monde de l'harmonie? Est-ce la musique déclamatoire? est-ce la mélodie ? est-ce l'orchestre ? est-ce le rhythme ? Écoutons Rossini ; la citation est un peu longue, et je la trouve trop courte :
s Ils voudraient mémo imposer aujourd'hui, comme nouveauté et comme trouvaille, ce qui est pour ainsi dire antédiluvien. Ces docteurs en musique nous parlent de musique déclamée, de musique dramatique I Il il faut supposer que ces messieurs ignorent que les célèbres musiciens Dufay et Goudimel ont produit, pendant l'espace d'un siècle et demi à peu près, exclusivement de la nisiqué déclamée, sans rhythme, ou bien dramatique. Vinrent ensuite les autres célébrités Gocini et Peri continuant le même genre dans leurs composicitions musicales, qu'ils appelaient « Opéras en style récitatif
s Survinrent enfin le Titan musical Gluck et ses collègues, qui étaient, à ce qu'il me semble, suffisamment avancés dans le genre déclamé et dramatique.
s Ne croyez pas, mon bon docteur Filippi, que je sois par système antidramalique; non vraiment, et bien que je fusse virtuose du bel canto italien avant de me faire compositeur de musique, je partage la maxime philosophique du grand poëte qui a dit :
Tous les genres sont bons, Sors le genre ennuyeux.
a Quant à là méthode actuelle de nos chers collègues , il faut convenir que les bouleversements sociaux produits par la crainte, l'espérance, la révolution
ET 'LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 511
et d'autres choses encore, portent avec eux l'inévitable conséquence de forcer Tee pauvres compositeurs de musique (qui pour la plupart travaillent « pro hune et pro Famà A ) à se torturer le cerveau pour trouver de nouvelles formes, des moyens hétérogènes, afin de pouvoir satisfaire les nouvelles générations contemporaines, nées presque toutes au centre de la rapine, des barricades et autres petites choses semblables
C'est à vous maintenant; monsieur le critique, à prêcher de toutes vos forces aux jeunes compositeurs de musique qu'il n'y a ni progrès, ni décadence, dans ces dernières nonveautés; faites-leur sentir que leurs puériles trouvailles sont filles de la' patience seulement, et non de l'inspiration. Dites-leur qu'ils aient enfin le courage de s'émanciper des habitudes de convention et qu'ils saisissent avec ferveur et pleine confiance ce qu'il y a de divin et de séduisant dans l'art musical italien et qui est la mélodie simple et la variété dans le rhythme. Si les jeunes compositeurs suivent cette route, ils arriveront facilement, ils atteindront la gloire désirée, et leurs productions auront la durée de celles de nos antiques saints pères, Marcello, Palestrine, Pergolese, Porpora, et comme l'auront indubitablement celles de nos célèbres contemporains, Mercadante, Bellini, Donizetti, Verdi.
« Mon cher et intelligent docteur Filippi aura remarqué que j'ai passé exprès sous silence la parole imitative dans les recommandations que je vous ai faites pour les jeunes compositeurs sur l'art musical italien , pour lequel je n'ai demandé que la mélodie et le rhythme I Je resterai toujours inébranlable dans mon opinion que l'art musical italien (surtout pour la partie vocale) doit être tout idéal et expressif, jamais imitatif, comme le voudraient certains philosophes matérialistes. Qu il me soit permis de dire que les sentiments du coeur s'exhalent et ne s'imitent pas. Pour corroborer mon résumé de l'art musical et ses branches, je dirai que la parole expressive n'exclut certainement pas la déclamation, moins encore la musique dite dramatique ; j'affirme même que maintes fois elle l'exige.
« Lorsque l'idéal peut s'associer au mode expressif, il ouvre la voie (ce que je préfère) au chant noble, simple, fleuri, passionné. Disons-le donc une fois pour toutes, l'imitation est l'apanage, le compagnon inséparable et souvent l'aide principal des adeptes des beaux-arts, la peinture et la sculpture. Si à cette imitation se joignent un noble sens artistique et un peu de génie (ce dont la nature est pou prodigue), ce dernier (le génie), bien que souvent rebelle aux principes, sera toujours et par lui seul créateur du bèau I n
Est-ce à dire, après ce qu'on vient lire, que Rossini nie le progrès en musique ? Non, mais il ne le reconnatt que dans les moyens mis à la disposition des compositeurs, dans l'invention de nouveaux instruments et dans les perfectionnements apportés aux anciens. Je cite encore le maitre vénéré, le grand maître.
« Je vous dirai enfin, et pour ne pas laisser sans analyse les deux paroles,
LA MLIS1QuE, LES MUSICIENS'
Progrès, Décadence, que je n'accorde-de progrès qu.'à la fabrication de nouveaux et innombrables instruments de musique, progrès qui souritaux séditieux amateurs de la musique imitative, et ce n'est pas leur plus grand tort .1e ne puis nier une certaine décadence dans l'art vocal, ses nouveaux cultivateurs tendant plutôt au style hydrophobe qu'au doux chant italique qui se sent jusqu'au fond de l'arne. Que Dieu accorde son pardon à ceux qui en furent la cause originaire ».
Avec son bon sens accoutumé, Rossini, dans ce spirituel manifeste, — car c'en est un véritable, --, s'est, bien gardé de s'aventurer sur le terrain du beau absolu, — terre promise et terre défendue, — où les apôtres de la nouvelle école tentent péniblement d'édifier un empire impossible à leur orgueil sans limite. Rossini, l'histoire en main, les philosophes présents à sa mémoire, aurait pu dire : Où est le beau, où est le laid, où est le bon, où est le mauvais dans cet art de la musique, qui flatte d'autant plus nos instincts qu'il est plus arrêté dans la forme, plus vague dans la signification ? Oui, la musique n'étant point une langue et ne pouvant produire que des émotions sans exprimer rien de précis, la musique éveille par cela même toutes les facultés de notre imagination, en même temps qu'elle agit directement par le rhythme sur les fonctions de notre organisme.. Le beau n'est que le mieux, par rapport à notre éducation, à l'état de la civilisation dans laquelle nous sommes placés ; c'est pour cela que le beau, c'est-à -dire le mieux, n'est jamais la conquête d'un seul homme , qu'il est celle d'une civilisation entière. Que Beethoven fût né à Pékin et qu'il n'en fût jamais sorti, j'ai la conviction qu'il serait resté, par la pensée, aussi étranger à la musique qu'il a pu concevoir dans un milieu européen, que l'illustre auteur du Chalumeau de Niou-va, Ta-Jam, musicien de l'empereur lioang-ti, ou que le non moins illustre Li-Ko-Ki, auteur de l'Oiseau céleste, joueur de flûte, poète et chef des gardes de l'empereur Y-Tsoung, qui florissait 860 ans avant Jésus-Christ.
Si l'on jugeait du mérite des œuvres'd'art par l'effet qu',..iles produisent, on arriverait à cette conclusion singulièrement erronée que la musique et les instruments modernes sont loin de valoir aujourd'hui ce qu'ils valaient autrefois, car la musique ne fait plus de miracles; tout au plus fait-elle des recettes. Or, à ne considérer que la forme, le style en musique êt les agents sonores inventés à notre époque, il n'est pas douteux.que l'art des sons ait, dans ces deux derniers siècles, suivi une phase constamment ascendante. Certes, j'admire bien volontiers la
ET LES 'INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 529
puissance des trompettes, dont le son suffit à faire écrouler les murs de Jéricho, qu'on no pourrait renverser dans l'état actuel de nos progrès artistiques qu'au moyen d'une puissante artillerie. Je m'incline humblement devant la lyre d'Orphée, qui transformait, par l'effet de ses mélodies, les lions en agneaux et les cerbères en king-charles. Mais on peut affirmer qu'Orphée risquerait fort, dans notre siècle avancé, de se voir refuser un engagement à l'Eldorado.
Je ne suis pas moins émerveillé quand je vois Timothée (qu'il ne faudrait pas confondre avec Timothée Trimm) exciter les fureurs d'Alexandre au moyen du mode phrygien et le rendre à volonté caressant comme une chatte par l'emploi du mode lydien. Nos souverains actuels — je parle de ceux qui peuvent supporter la musique donnent une épingle de soixante-quinze francs au pianiste qui les fait bâiller. Dans les temps plus voisins des nôtres, je suis plus surpris encore de lire qu'Erric, roi de Danemark, entrait dans de telles exaspérations en entendant certains airs, qu'il tuait ses meilleurs domestiques pour essayer d'apaiser ses colères. De nos jours, les domestiques consentiraient avec peine, tant ils sont irrespectueux, à se laisser tuer par un monarque quelconque, anti-musicien. Le musicien Claudia m'inspire un vif sentiment d'admiration quand je le vois, aux noces du duc. de joyeuse , exciter si extraordinairement l'enthousiasme d'un courtisan que celui- ci s'oublie au point de dégainer devant Henri IH, ce monarque de tant d'esprit et de mignons. Les courtisans depuis trop longtemps n'oublient qu'une chose, devant les monarques : la dignité, qui ne saurait s'allier avec la platitude.
Qu'il y ait de l'exagération dans tous ces récits, je l'admets, elle est évidente; mais l'exagération n'est que l'enflure d'un fait, et le fait réduit a ses justes proportions est encore très-étonnant.
Oui, la musique produisait autrefois des effets qu'elle ne produit plus, et sa prodigieuse vertu l'avait fait considérer par les plus grands esprits de l'antiquité, Platon, Aristote, Polybe, Pythagore, Athénée, Plutarque, etc., comme un art céleste à l'usage des dieux et des âmes des bienheureux.
Il ne faudrait donc pas juger exclusivement de la beauté de la musique par l'impression qu'elle produit sur nos sens.
Les sauvages de l'Afrique et de l'Amérique sont priâtes avec des dialectes de trois cents mots: pourquoi ne seraient-ils pas musiciens avec des instruments informes et même détestables? Je n'entends pas dire
34
lu LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
qu'ils soient musiciens à notre maniére; mais,en Pétant à la leur, ils sont comme ils doivent être. pour que cet art s'harmonise avec le degré de leur civilisation. Les sauvages ont leurs chefs-d'oeuvre comme nous avons les nôtres, et chez eux comme chez nous, le beau n'est que le mieux.
Voyez les outils des, hommes primitifs, voyez leurs instruments de musique, et les moyens employés suffiront à vous donner l'idée du but qu'ils peuvent et veulent atteindre. Franklin définit l'homme un animal qui sait e faire des outils. C'est fort bien ; mais entre la hache en pierre, qui servait aux premiers hommes à se frayer un chemin dans les forêts épaisses où sont aujourd'hui placées les capitales de l'Europe, et la locomotive qui, par le moyen de ce qu'il y a de plus subtil, la vapeur, entraîne avec la vitesse d'une hirondelle des milliers de voyageurs, il y a l'écoulement des siècles balayant tout sur leur route,tout,excepté les conquêtes de l'esprit, que l'hommeen mourant lègue à Phoinmequi naît.
Sur le beau absolu, écoutons encore cette anecdote racontée par Voltaire; elle est aussi sensée que plaisante dans la forme.
« J'assistai un jour, raconte l'auteur du Dictionnaire philosophique , à une tragédie auprès d'un philosophe.
« — Que cela est beau I disait-il.
« — Que trouvez-vous de beau? lui demandai-je.
« — C'est, dit-il, qu'il a atteint son but.
« Le lendemain, il prit une médecine, qui lui fit du bien.
«.— Elle a atteint son but, lui dis-je ; voilà une belle médecine.
« Il comprit qu'on ne peut dire qu'une médecine est belle, et que, pour donner à quelque chose le nom de beau, il faut qu'elle vous cause de l'admiration et du plaisir. Il convint que cette tragédie lui avait inspiré ces deux sentiments, et que c'était là le to kalon, le beau.
« Nous fimes un voyage en Angleterre : on y joua la même pièce, parfaitement traduite ; elle fit bâiller tous les spectateurs.
« — Oh! oh 1 dit-il, le to kalon n'est pas le même pour les Anglais et pour les Franeais.
« Il conclut, après bien des réflexions, que le beau est souvent très- relatif, comme ce qui est décent au Japon est indécent à Rome, et ce qui est de mode à Paris ne I est pas à Pékin ; et il s'épargna la peine de composer un long traité sur le beau.
Ce que Voltaire a dit des pièces de théâtre, ou pourrait le dire des pièces de musique et des instruments qui en sont les agents.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 59I5
Ne nous moquons donc pas trop des peuples asiatiques, par exemple, dont les orchestres nous paraissent ridicules, et rappelons-nous que, pour charmer la reine Élisabeth, de récente et vertueuse mémoire, on la condamnait pendant les heures du repas à un concert de douze trompettes et de deux grosses caisses, jouant sans cesse et tous ensemble. C'est Heurner qui nous l'assure, et je le crois sur parole.
Examinons ces agents sonores de la musique de tous les peuples et de tous les temps sans parti pris de dénigrement, en nous rappelant que partout et toujours l'homme a été semblable à l'homme, et que tout, en définitive, est bien qui pénètre le coeur et le ravit.
Alitant pour varier la nature de nos sujets que pour obéir à un ordre logique en procédant du simple au composé, du naïf au savant, de l'ancicn,—représenté par l'exposition des oeuvres caractérisant les diverses époques de l'histoire,— au nouveau représenté par la facture actuelle des instruments de musique, nous commencerons cet examen par
LES INSTRUMENTS DES SAUVAGES AFRICAINS , AMÉRICAINS ET ASIATIQUES
Exposés par les colonies françaises, anglaises, espagnoles, portugaises et
danoises.
Nos colonies ont recueilli, pour nous les envoyer, une très-curieuse collection d'instruments tirés de la Guyane, de la Cochinchine, du Sénégal , de la Guinée supérieure (pays de Gabon), des lies de !Hada- . gascar, , de Taïti , de la Réunion , de Noukahiva , de la Nouvelle- Calédonie.
Une guitare montée de douze cordes nous donne une idée de la lutherie du peuple yolof clans la Sénégambie. Mahométans et fétiches écoutent et admirent cet instrument qui parle à leur imagination autant et aussi bien que la harpe à double mouvement pour nos oreilles exigeantes. Les douze cordes de la guitare nègre sont disposées sur deux rangs parallèles ; ajoutons que chaque rang comprend six cordes fixées les unes au-dessus des autres. Il ne doit pas être aisé d'accorder ces cercles entre elles ; mais on n'est pas difficile sans doute sur ce point, au Sénégal.
Bakel était représenté musicalement à l'exposition par une guitare aussi , mais d'un autre genre. Chaque corde est attachée à un bâton recourbé et fixé sur la caisse de résonnance. Question de forme, question de goût.
1. M0.'C11 d'.1.5ique en corne d'antilope. — 2. Eiimouct014 d'Arrime.— 3. Dem gilles do l'Oedanie. — A. Lire
°eine. — 5. 51AGA501.1, instrumnols à grelots de l'ancien Mexique. — G. KW., dos Moluques.
ad — 7. lostruiumde de
latrumenle des Cafres.— 9. Deux grands tambours rl'Afriqun. — 10. Tambour des Moluqu— 11. Tam-
bour 0111.14. — 12. Violon africain. — 13. NAM3100 On CHAM., des Cafres.— 14. Trompette des Indiens de lu Floride. — 45. Sorte de hochets de le Virgini — 16. Tambour africain. — 17 et 15. Instruments africains.— 1101lbatir mexicain appelé 111X115E44. MATRA. du Missicsipi.
INSTRUMENTS DE L'AFRIQUE CENTRALE ET DES SAUVAGES DES DIVERSES
PARTIES DU MONDE.
LA MUSIQUE, , LES MUSICIENS
Je passe sur un violon de forme européenne, fimenné grossièrement par un Stradivarius éthiopien , pour vous signaler encore une guitare des mêmes contrées, mais évidemment à l'usage plus particulier des filles de Chain , qui sont aussi des filles d'lve, c'est-à -dire curieuses et coquettes. Un petit miroir est enchâssé dans l'instrument, et la belle au nez épaté, aux cheveux d'astracan, se regarde chanter et s'admire. Des flûtes, des tambours, des castagnettes, des.guitares circulaires, des guitares allongées comme un bâton avec des boules placées de distance en distance, de petites harpes de forme rudimentaire , des pierres sonores , etc., complè' sot cette exposition dominée par la fliile-tarz-tans, a représentant la récolte du vin de Palme ».
J'avais un peu oublié cette curieuse pièce de lutherie sauvage, quand le consciencieux critique du Temps, M. J. Weber, est-venu me la remettre en mémoire. C'est un petit groupe en bois, sculpté au moyen d'un simple couteau, probablement. Le palmier a !'apparence d'un coquetier avec une tige allongée; la partie supérieure de cette tige est fermée par une peau tendue. Une figure humaine, — ou à peu près, — tient l'arbre embrassé. et paraît le serrer fortement. Au pied de l'arbre, se trouve un vase pour recevoir la généreuse liqueur.
Ce que les nègres d'Afrique appellent ambiza , tes nègres du Brésil le nomment marimba. Ce sont des verges de fer, plus ou moins trempées , d'inégales longueurs, comme les tuyaux d'une flûte de Pan, etqu'ou met en vibration avec les deux pouces. Mais ce nom de marimba, les nègres l'appliquent à des instruments de différentes formes, ainsi qu'on pourra le voir par les dessins que nous offrons ici. L'instrument des Cafres, charimba , formé de douze à seize calebasses de différentes grandeurs, rangées entre deux planches, et qui servent de corps sonore à des planchettes mises en vibration par le moyen de deux baguettes, est' aussi appelée marimba.
Si nous passons aux instruments à vent, la flûte et le hautbois dominent partout. C'est, après la flûte cafre, dite lichak, la flûte à trois trous et à nez de nos colonies indiennes appelée crishma. En Europe, les flûtistes ont une bonne ou une mauvaise,embouchure ; là -bas, ils ont une bonne ou une mauvaise ennézure. J'ai remarqué, à ce sujet, que, sur toute la surface du globe, l'homme fait le plus ridicule usage de son nez. Quand il ne s'en sert pas, sous une certaine latitude, pour souffler dans une flûte ' ce qui est bète, il s'en sert ailleurs, ce qui est malpropre, pour renifler une poudre noire et, irritante qui nécessite l'emploi de mouchoirs à car-
828 LA MUSIQUE, us 141 UHCIENS
maux. Je no parle pus de ceux qui fourrent, leur nez partout: ils sont eu majorité, ceux-là , dans tous les pays du globe.
On m'a signalé, irais jc n'ai pu le voir, un instrument à vent de la Nouvelle-Calédonie , ayant la forme exacte de l'instrument qui causait une si grande terreur à M. de Pourceaugnae. J'ai vu jouer d'un instrument semblable dans un concert comique à New-York.
Les instruments des Moluques sont des tambours de formes diverses, des flûtes et de longues guitares.
Aimeriez-vous par hasard le bruit des crécelles ?Écoutez le malacra des Mexicains.
Voici une sorte de hautbois sauvage dans la partie consacrée à l'exposition des colonies anglaises. Le hautbois est un des plus anciens instruments connus, et on le trouve plus ou moins perfectionné partout où il y a des hommes. Pendant longtemps, en France, les hautbois, les tambourins et les flûtes furent les seuls instruments des orchestres de danse. C'est avec ces instruments champêtres que nos ancêtres dansaient pendant le joli mois de niai (le joli mois de mai était joli alors : il ne l'est plus guère) leurs branles et leurs gaillardes-en plein air et sur l'herjette. Ah 1 Florian, Ducray-Duménil et Mme Deshouillières, que vous êtes loin de nous! Et vraiment, ce n'est pas tant mieux, car les plaisirs champêtres valaient certainement mieux, pour le corps et pour l'âme, que les après-midi et les soirées passés dans les brasseries et les estaminets chantants.
S'il faut en croire M. Benoît, qui les a longuement étudiés sur place, les Indiens du Sénégal n'ont d'autres instruments de musique que des flûtes et des tambours. Ces flûtes grossières , dont je crois avoir vu un échantillon, sont faites d'un morceau de jonc percé d'un trou,
quelquefois de plusieurs, qui leur sert d'embouchure, et dans lequel l'Indien souffle de toute la vigueur de ses poumons. Cette musique, monotone et d'un rhythine peu saisissable, est accompagnée par intervalles d'un coup de tambour. Les plus raffinés joignent au son de ces flûtes et du tambour le son aigu d'une espèce de trompette faite d'un jonc long de quatre à cinq pieds, avec un bout de corne de bœuf. Ajoutons des chants, ou plutôt des cris par les musiciens et ceux qui les écoutent, et nous aurons l'ensemble instrumental et vocal de ces peuples, qui n'en seront pas de longtemps encore, je le crains, à la symphonie avec choeurs de Beethoven.
Pas de musique sans danse chez les Indiens. Les caraĂŻbes sont pas-
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sionnés pour le d'obi, qui est bien plutôt de l'épilepsie que de la danse. Imaginez les mouvements les plus baroques, les contorsions lesplus endiablées, les gestes les plus furieux, et vous avez le chaoin. La danse aux oiseaux, de ces mêmes peuplades, est plus humaine, et môme elle ne manque pas d'originalité. Les danseurs et les danseuses ont le corps tatoué de rouge et portent sur la tête, ainsi qu'autour du corps, des ornements en plumes de flamants et d'autres oiseaux de couleurs éclatantes et très- bigarrées. Voici comment, d'après M. Benoit , procèdent les danseurs : Les hommes vont d'abord se cacher dans les bois ou derrière les arbres. Ensuite, les femmes ou les filles se disposent, accroupies les unes derrière les autres , et se mettent à contrefaire, avec un talent parfois étonnant d'imitation , les cris et les sifflements des différents oiseaux. A cet appel ou à cette provocation, les hommes répondent aussitôt par d'autres cris, en contrefaisant les bêtes féroces, les singes ou les porcs. Quelques moments après, ils sortent du bois, et aussitôt que les femmes les aperçoivent, elles se mettent à sauter comme des grenouilles, en se tenant toujours accroupies. Les premiers en font autant, et ils se mettent ainsi à courir tous les uns après les autres. Ce manége , vraiment drôle, se continue pendant quelque temps avec une vivacité extrimrclinaire. C'est un mouvement, un pêle-mêle à ussi pittoresque que divertissant. On tombe, on se relève, on s'évite, on se'poursuit. Et, quand cela a duré ainsi pendant un certain temps, chacune des filles finit toujours par se laisser attraper par celui seulement pour lequel elle a quelque inclination,
On croit bien souvent découvrir des produits nouveaux, quand on ne fait qu'imiter des vieilleries. Je vois parmi les instruments à percussion des nègres le xylophon sous l'étiquette de balafon. Le xylophon , vous le savez sans doute , est l'instrument bois et paille dont joue avec tant ' de goût et de virtuosité le jeune Bonnay. C'est aussi l'instrument en quelque sorte classique des paysans russes, polonais, lithuaniens , tartares et cosaques. Le balafon a-t-il précédé le xylophon, ou celui-ci est-il venu au monde avant celui-là ? Voilà ce qu'il serait difficile de déterminer, et ce qui, d'ailleurs, importe médiocrement.
Ne considérant pas comme des peuples sauvages — bien loin de là — les Indiens des Indes anglaises , les Japonais et les Siamois je réserve leurs instruments de musique, si curieux de forme, pour m'arrêter un instant devant les quelques spécimens d'instruments à l'usage des Peaux-Rouges.
LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
-C'est d'abord une raquette, instrument avec lequel on ne risque pas de fane de fausses notes, par.la raison qu'il ne produit aucune note. Imaginez une sorte de cornue en cuir de buffle, remplie de petits cailloux, et que l'artiste agite pour marquer le rhythme de quelque chant féroce, et vous avez la raquette. Ce hochet, du reste, se retrouve chez les Koholanes de Tombouctou, qui s'en servent pour appuyer le rhythm() de,leur long tambour appelé rouet-rouet. Les Peaux-Rouges ont plusieurs espèces de tambours dont quelques-uns ressemblent à nos timbales, dont les autres sont de véritables tambours de basque, laits d'un morceau de cuir attaché sur un cercle de plumes, de fourrures et de crins de cheval. Dans les danses et les cérémonies religieuses, ce sont les prêtres-magiciens-docteurs, nous apprend le savant auteur du Voyage pittoresque dans les déserts du Nouveau-Monde, qui battent le tambour, soit avec des baguettes garnies d'un tampon, soit avec des raquettes. Ce monopole musical et religieux vient probablement de ce que les prêtres seuls connaissent les chants sacrés qui accompagnent ces cérémonies et ces réjouissances célestes.
Pour compléter l'orchestre des Peaux-Rouges, il faut ajouter aux instruments de percussion qui dominent tout,—leur musique n'étant guère qu'un choix de rhythmes,— la flûte, le flageolet de paix elle flageolet de guerre. La flûte est longue d'environ quarante centimètres; elle est percée de trois à six trous. Les sons doivent en être doux. Le flageolet de paix, en bois, est plus long et plus mince que le nôtre, et il produit des sons très-aigus. Le flageolet de guerre est plus court et n'est autre chose qu'un os de chevreuil ou de dinde sauvage, galamment orné de piquants de porc-épic. M. Domenech nous assure qu'il n'appartient qu'aux chefs de tribus d'en faire usage; ils le portent suspendu à leur cou, sous leur vêtement, et ne s'en servent que dans les combats. En soufflant par un certain bout, ,il en sort des notes perçantes qui sont le signal de l'attaque. En soufflant par l'autre bout, on obtient un son moins aigu qui indique le mouvement de retraite.
Comme les Lapons , les Peaux-Rouges ont un tambour magique (dont nous parlons plus loin) qui dit toutes les folies dont les cervelles de ces malheureux sont troublées, ni plus ni moins que s'ils fussent nés Français, Anglais. Espagnols, Allemands, Portugais, Turcs ou Russes. Ces mômes Peaux-Rouges jouent d'un instrument formant une échelle plus ou moins diatonique , et qui n'est guère autre chose que le Rabane des Moluquois, c'est-à -dire des pièces de métal de différentes
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grandeur disposées .sur un châssis et qu'on frappe au moyen de deux baguettes tenues de chaque main.
Les Peaux-Rouges , passionnés, pour. les instruments à percussion, ayant quelque goût pour les instruments à vent , n'ont pas, à ce, qu'il parait, d'instruments à cordes. Mais ils sont à la fois poètes, musiciens à leur manière et grands danseurs, quand il s'agit d'exécuter une ronde autour d'un visage pâte qu'on a fait prisonnier et qu'on s'apprôte à scalper. En un mot, ce sont de parfaits gentlemen.
A quelle famille de l'espèce humaine appartient au juste cette nation naïve qui mange volontiers du rôti d'homme et se régale l'ouïe du son d'une crécelle? J'ai demandé des explications sur ce peuple fin gourmet et médiocre mélomane ; on m'a répondu : « Leurs instruments de musique sontborn és, mais ils chantent quand ils sont tristes ou gais. » (Quand le rôti manque ou qu'il est cuit à point.) Ils chantent 1 Que chantent-ils et comment chantent-ils? — « L'homme est arrivé, dit Charles Nodier : il tenait de la nature animale la propriété de la vocalisation et du cri. » En effet, Phorn me crie autant qu'il chante, chez les Cafres comme au grand opéra. » — « Il avait, par-dessus toutes les espèces, continue Nodier, l'heureuse conformation d'un organe admirablement disposé pour la parole : instrument à touches, à cordes, à vent, dont la construction sublime fera le désespoir éternel des facteurs, et qui module des chants si supérieurs à toutes les mélodies de la musique artificielle dans la bouche des Malibran , des Damoreau. » Je doute qu'il se trouve des Malibran et des Damoreau chez ces peuplades de bon appétit et sans préjugés. Poursuivons. « Il avait dans les poumons un souffle intelligent et sensible ; dans ses lèvres, un timbre épanoui, mobile, extensible, rêtractihle , qui jette le son, qui le modifie, qui le renforce ,.qui l'assouplit , qui le contraint, qui le voile, qui l'éteint; dans sa langue, un marteau souple, flexible, onduleux, qui se replie et qui s'interpose entre ses valves, selon qu'il convient de retenir ou d'épancher la voix » (il ne faut, pour se convaincre de cette vérité, qu'écouter quelqu'un de ces virtuoses de cour ou de politique , qu'on nomme courtisans ou diplomates), « qui attaque ses touches avec énergie ou qui les effleure avec mollesse ; dans ses dents un clavier ferme, aigu, strident ; à son palais, un tymphanon grave et sonore: luxe inutile, pourtant, s'il n'avait pas eu la pensée. Et celui qui a fait ce qui est n'a jamais rien fait d'inutile. L'homme parla parce qu'il pensait. Son langage fut d'abord simplement vocal. Et voilà pourquoi , sans doute, les gastronomes dont il est question se contentent d'une crécelle.
LĂ MUSIQUE, LES MUSICIENS
En courant dans ce monde de l'Exposition universelle, de l'ancien monde au nouveau, de l'Afrique Ă l'Asie, d'une colonie Ă une autre , j'ai vu bien des instruments curieux encore , tout au moins comme forme.
Voici la harpe des Eirbans , qui a la forme d'un chat assis. Et Champfleury n'en parle pas
Les Kalmouks se contentent d'un violon à deux cordes appelé dam- beur. Avec une seule corde souvent, Paganini a excité l'enthousiasme de ses auditeurs : tout dépend de la manière de s'en servir.
A. côté du rabee des Arabes s'offre à nos regards t'eeed des mêmes peuples, à quatorze cordes Mirées.
Leur guyla n'a qu'une seule corde en crin tressé. C'est , je crois, le chef de la dynastie de ces autres instruments arabes à archet qu'on appelle kemangeh.
Ne sont-ce pas aussi des instruments arabes que ces harmonieux à manche cylindrique du côté des cordes, à la peau de requin tendue sur une noix de coco? Peut-être appartiennent-ils à la Turquie ?
A coup sûr, il est moldo-valaque ce violoncelle monté de trois grosses cordes en crin.
Le môme pays a vu Battre ces jolies mandolines qu'on appelle tobea. Il est à la fois turc et persan, ce violon à deux cordes et à très-long manche; on le, oue comme un violoncelle, et il s'appuie par terre sur un long pivot. Les sons qu'on en tire sont un peu lugubres, voilés et sourds, mais par cela même expressifs et sympathiques.
Le violon persan Ă quatre cordes emprunte sa forme Ă la guitare Ă manche court.
Le dambera des Arabes m'a rappelé le banjo.
Le banjo est l'instrument favori des nègres dans toutes les villes des États-Unis. On en fait en Amérique l'objet d'un commerce assez considérable. Cet instrument, inconnu en Europe, est une sorte de guitare à long manche, arrondie par sa base comme une mandoline, mais beaucoup plus grande qu'une guitare ordinaire. Le son du banjo est doux et triste, et convient on ne peut mieux à la musique si caractéristique des noirs; mélancolique dans sa gaieté et toujours heureusement rhythmée. Le.banjo se joue avec les doigts comme la guitare, tandis que les cordes du damboura sont mises en vibration à l'aide d'une plume.
Autre instrument à cordes pincées est le psallerion turc. Sa forme est quadrangulaire, ses cordes sont en métal. On le tient sur les genoux, et on en joue avec les doigts.
L wina indien.— 9. Cithare ou rither de Hongrie.— 2. Pochette indienne.— 4. Trompette turque. — 5. Deux gai- tares nu qur — 6. Dito indienne.— T. Male. indien • — 8. Nainunga hindou, — 9, Trompette tube°. — 10. Salterio turc. — Il. Violon Imre et tartare. —19. Trompette indienne.— 13. Timbale simplejaponaise. — 14. Timbales indiennes, — lb. Tambours indiens. — 16. Tambourin moldave, — 17. Trompette indienne. — 18. Haubois indien.
DIVERS INSTRUMENTS ASIATIQUES.
1-1 MUSIQUE, LES.. MUSICIENS
UR joli nom cd celui que les Arabes ont donné à un instrument à archet, qui a un peu la forme du violenbelle il3 l'appellent agali. !cernait.
J'aime moins le nom par lequel ils désignent leur lyre, bérbeth., qui pourrait bien venir de burboot, le luth persan.
\Tous ai-je parlé du balaïlca, guitare russe à deux cordes?
J'en passe, et des meilleurs, pour jeter l'ancre dans la baie de Rio-de. Janeiro, c'est-à -dire pour stationner plus longuement dans l'empire du Brésil..
EMPIRE DU BRÉSIL .
Une clarinette. — Une guitare. — Une marimba.
On se ferait une bien fausse idée de l'état musical de ce vaste empire, si on le jugeait par l'exposition de ses instruments à l'Exposition de 1867. Une clarinette, — d est vrai qu'elle est en bois de carnauba ,—une guitare, de la même matière, et un instrument africain, la marimba. C'est tout, et ce n'est guère.
La vérité est qu'on aime passionnément la musique au Brésil et qu'on n'y joue pas moins du piano que partout ailleurs, ce qui certes n'est pas peu dire. En outre, il y a quatre théâtres à Rio-de-Janeiro, dont un de grand opéra, plus un café chantant et jouant, où les Brésiliens se sont initiés aux progrès de la civilisation européenne portée sur l'aile de la muse du célèbre Offenbach, qui s'avance ber. Enfin, la capitale de l'empire jouit depuis quelque temps d'un Conservatoire qui promet de rendre d'excellents services.
Une note que j'ai sous les yeux m'apprend que, bien que cet établissement ne soit qu'une section de l'Académie des beaux-arts, il n'en est pas moins gouverné par un directeur spécial , avec un règlement approprié à ses besoins. L'enseignement, entièrement gratuit pour les deux sexes, se compose : 1° des éléments théoriques et pratiques de la musique et des notions générales du chant ; 2° de l'étude du chant proprement dit ; 3° des règles d'accompagnement appliquées à l'orgue; 4° des instruments à cordes, violon, violoncelle et contre-basse ; 5° des instruments à vent (excepté peut-être les instruments en cuivre modernes, tels.que le saxophone, les cornets, cors et trombones à six pistons). Plus tard, quand les ressources du Conservatoire, qui sont encore
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modestes, le lui permettront, il ouvrira plusieurs autres classes, notamment une classe d'harmonie et de composition.
L'administration de cette école de musique n'est pas très-compliquée`: un directeur, un trésorier et un secrétaire chargé de la correspondance. On voit que le Conservatoire brésilien ne brille pas par le nombre de ses employés. A vrai dire, si on supprimait de tous nos établissements, en France, les employés qui semblent n'avoir d'autre missionlue de les orner de leur inutile présence, on en supprimerait beaucoup, et ce serait grand dommage, puisqu'ils s'y plaisent tant.
— Paresseux I disait un père à son fils, écolier de la plus parfaite ignorance, que fais-tu dans ta classe?
—J'attends qu'elle finisse, répondit l'enfant avec la plus louable franchise.
Que d'employés partout qui attendent que la journée se passe !
Il est sorti de l'école de Rio-de-Janeiro beaucoup de bons élèves, à ce
qu'on m'assure,. Quelques-uns, privés de fortune, y ont acquis un talent
qui les a mis à même de vivre honorablement et d'être recherchés de la société brésilienne.
Le grand théâtre de Rio est une vaste cage dorée où sont allés depuis trente ans chanter les rossignols à deux pieds auxquels l'Europe dilettante a délivré des passeports pour tous pays. Les chroniques de ce théà tre nous révéleraient bien des faits inconnus en France, et nous en diraient long sur les cadences et les décadences de certains ténors et de certaines prime donne, s'il se trouvait quelqu'un pour les écrire et les publier. Par exemple, c'est plaisir de constater que M" Stolz y a fait la plus ample moisson de toutes les bonnes choses que produit le terrain de l'enthousiasme artistique : des bravos, des couronnes, des billets en prose et en vers, des sérénades, des diamants et des comptes de rets, Car le directeur, ne.voulant pas se montrer moins galant que les ditettanti brésiliens, suivant l'entralnement général, a payé les appointements de la grande artiste jusqu'au dernier vingtain : ce qui, dit-on, ne lui était pas toujours arrivé. A la bonne heure I mais de cette pauvre donna X..., de Cette infortunée damigella Y..., de ce cher signer Z... ? Ah! de ceux-là , qui représentent si bien le revers de la médaille lyrique
au Brésil, il n'en faut point parler. Très-injustement, sans doute, on les
a brutalement sifflés tous trois, et, pour comble de désagrément, on ne les a point payés. Par bonheur, la donna X... a su inspirer la plus chaste sympathie à un marchand de haricots noirs et de viande sèche en gros,
636 LĂ€ MUSIQUE, LES MUSICIENS
d011é coeur sensible, qui l'a ôtée. de la tourmente. La damigella Y...,
ô fortuné hasard i a découvert en un eStimable négociant, et quand elle ne pensait. à rien, un- oncle dAmérique deux fois millionnaire. Quant au ténor Z..., il aurait peut-être abandonné une profession ingrate et une voix peu sûre, pour se mettre gaotteho dans les provinces du Sud, sans la généreuse protection de- M. et de Mme Olegario Abranches, qui, pour lui faciliter les moyens de retourner en Europe, ont monté, chez eux-mêmes, un concert à son bénéfice. A la suite de ce concert, dont on conservera longtemps la mémoire dans ces lointains parages, un souper balthazarien fut servi, puis on dansa. M. et Mine Olegario Abranches sont la providence des artistes malheureux à Rio-de-Janeiro, comme ils sont les amis de tons ceux qui pratiquent avec distinction cet art enchanteur des sons, que Mme Abranches cultive elle-même en grande artiste.
La clarinette et la guitare, envoyées à l'Exposition par la province de Céara, y figuraient bien plutôt comme échantillon du palmier dont ces instruments sont faits, que comme des modèles de l'industrie artistique de ces pays encore bien neufs. Le carnouba est un arbre qu'on travaille de mille façons et qui rend les plus grands services. Des forêts immenses de ce palmier abritent les régions du Nord,—qui sont là -bas les régions les plus brûlantes. Ces forêts combattent les séeheresses, fertilisent le sol, et donnent aux habitants de ces localités les matériaux pour bâtir les maisons, la fécule qu'ils tirent des racines et qui les nourrit avec le manioc, la lumière provenant de la cire des feuilles, et des tissus faits avec les fibres des pailles, dont on manufacture des cordes, des filets, des nattes, des paniers, des éventails, des chapeaux, et aussi, nous venons de le voir, des clarinettes et des guitares.
La marimba est une moitié de calebasse sur laquelle sont disposées des lames de fer formant une échelle chromatique plus ou moins étendue. Les, nègres, qui seuls jouent de cet instrument sauvage, au Brésil et sur la côte d'Afrique, le tiennent devant eux avec les quatre doigts de chaque main, et mettent en vibration les lames de fer avec les pouces restés libres. Les sons de la marimba rie sont point désagréables, elles malheureux noirs de ce pays, où règne encore l'esclavage, y trouvent le peu de joie et de consolation qu'on leur permette de goûter.
Les nègres sont extrêmement sensibles à la musique, et la marimba, particulièrement, a pour eux des accents qui leur font oublier leurs misères el les transportent de plaisir. Il faut voir dans les fasainclas, ou
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plantations, ces réprouvés de la couleur, condamnés aux travaux forcés a perpétuité pour être nés de leur père et mère, — condamnés comme nux,—danser autour d'un brasier ardent, par des nuits sans fraîcheur, des danses épileptiques excitées du geste, de la voix et de la marimba. Ils tournent, ils gambadent, ils soufflent. Les femmes sont les plus endiablées. Les yeux leur sortent à tous de l'orbite, ils frappent des pieds et des mains, se tordent comme une couleuvre blessée, articulent des cris aigus et rauques, se frappent la poitrine et tombent souvent évanouis, à bout de force , pendant que les plus robustes se soutiennent encore quelque temps, pour tomber à leur tour en poussant un rale de douleur et d'âcre volupté. On les voit alors couchés pêle-mêle, semblables â des morts sur un champ de bataille. Et le terrain de la danse n'est-il pas pour eux en effet,un véritable champ de bataille, où la volonté lutte avec les forces musculaires, l'esprit (l'indépendance avec la matière asservie, l'homme né libre enfin, avec l'animal asservi ?
Cependant le joueur de marimba continue de gratter avec ses pouces les lames de la marimba, aux trois quarts grisé par le spectacle qu'il a sous les yeux et par l'effet de la mélodie. Ce n'est qu'un rhythme , à proprement parler ; mais ce rhythme a pour lui la saveur de toute une symphonie. Quelquefois les morts jettent un regard fixe autour d'eux, se relèvent subitementet reprennent avec une furie nouvelle cette danse enragée, qu'on pourrait comparer à celle des derviches. Dans ces convulsions réglées, les forces de l'homme se développent si prodigieusement, que j'ai vu maintes fois, au Brésil, des nègres danser ainsi pendant six heures consécutives.
Le concert ne laisse rien à désirer si, à la marimba, les nègres joignent un tambour ou un petit panier rempli de cailloux, qu'ils agitent comme on agite un hochet.
C'est en marquant la mesure avec cette sorte de hochet que les esclaves, à Rio-de-Janeiro, par bandes de vingt à trente, transportent au pas gymnastique des sacs de café et des lanières de viande sèche, la nourriture laabiluelle du peuple, avec des haricots noirs.
La marimba étant pour le nègre brésilien le type des instruments de musique, il ne voit dans les instruments européens qu'une modification de celui-là .
Un jour, à Rio-de-Janeiro, un nègre planteur eut occasion de passer dans un salon où un pianiste jouait d'un piano à queue. Le fils de Charn, ravi par les sons de l'instrument, entièrement nouveau pour lui, s'ar-
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rôla court, oubliant qu'il était esclave, et que les salons ne sont point la plaee de ses semblables. ll écouta le coeur oppressé, l'âme tendue, contemplant, 1, piano d'un regard adniiratif, plein d'étonnement. Puis l'aimant de l'harmonie opérant: sur cette nature impressionnable et naïve, il s'approcha duclavier ; plaçant alors ses mains comme s'il tenait une marimba, il se mit à jouer du, piano avec ses deux pouces, en riant, en s'agitant comme un possédé, et peut-être aussi en versant quelques douces larmes.
— Ah t dit-il, si j'étais blanc, je serais libre et je jouerais de cette belle marimba jour et nuit I
Si tous les nègres pensent comme pensait celui-là , on pourrait considérer comme un très-grand bonheur qu'ils soient maintenus en servitude dans cette partie de l'Amérique. Sans se montrer l'ennemi du piano, il est permis de croire qu'il se trouve chez les blancs assez d'estimables amateurs pour entretenir sa culture sans y ajouter tous les Éthiopiens. C'est assurément un Wel emploi de la liberté que de jouer du piano ; mais il en est d'autres que les nègres sauront bien trouver quand leur chaîne, rouillée par les progrès de la civilisation, tombera brisée enfin pour toujours.
Le Brésil et l'île de Cuba sont aujourd'hui les seuls pays souillés par cette institution, exécrable à tous les points de vue. Il est temps, pour l'honneur de l'humanité, qu'elle n'ait plus île refuge dans aucun pays civilisé. Tant que durera l'esclavage au Brésil, il ne faut pas espérer voir introduire dans ce pays aucune des grandes améliorations qu'on voudrait y voir tenter pour régénérer un peuple d'ailleurs très-intelligent et très-apte à tous les genres de progrès.
Naturellement, au Brésil, ceux qui possèdent des esclaves défendent l'esclavage. L'inter& est un habile avocat.
« Nous les nourrissons, disent-ils, nous les habillons quelquefois, pas toujours, et nous les soignons quand ils tombent malades. Sans leurs maîtres, les noirs, si paresseux, périraient de besoin plutôt que de travailler. n
Il est bien vrai que les nègres, ayant très-peu de besoins et n'ayant Mienne ambition, travaillent le moins possible quand le fouet de l'intendant ne vient pas, en labourant leur échine, leur dire brièvement, mais éloquemment, qu'il faut du sucre et du café. Mais est-ce une raison parce qu'un homme veut vivre de peu pour l'obliger à gagner beaucoup en faveur des autres ?
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
e C'est aux bamums sur l'état desquels on dispute à décider quel est l'état qtills préfèrent. Inter..a•goz le plus vil manoeuvre couvert de haillons, nourri de pain noir, dormant sur la paille dans une hutte enteou. verte ; demandez—lui s'il voudrait être esclave, mieux nourri, mieux vêtu, mieux couché ; non-seulement il répondra en reculant d'horreur, mais il en est à qui vous n'oseriez faire cette proposition. Demandez ensuite à un esclave s'il désirerait d'être affranchi, et vous verrez ce qu'il vous répondra. Par cela seul la question est décidée. D
Voilà ce que disait Voltaire, avant l'application par les gouvernements (lu suffrage universel, et on ne saurait mieux dire. Le sucre et le café sont des objets précieux sans aucun doute ; mais la liberté des hommes est plus précieuse encore.
Au reste, le Brésil pourrait, sans sortir de son immense territoire, trouver pour l'agriculture des ressources importantes dans certaines populations indiennes déjà préparées à la civilisation. En tête de ces belles et fortes peuplades, qui valent bien les Africains, se placent, dans la province de Matto—Grosso, sur les frontières du Paraguay, les Indiens Goatos, braves, loyaux et enclins à l'agriculture. Ces Indiens, depuis longtemps déjà connus des Brésiliens, doivent l'être davantage aujourd'hui : car, pour aller combattre le Paraguay, les troupes de Don Pedro H ont traversé le pays où ils vivent dans des pirogues, armés de lances et de.flèclies. e Il serait facile au gouvernement brésilien e, écrivait, il y à vingt ans déjà , le docteurltendu, a d'attirer ces Indiens à la civilisation, en favorisant leur établissement, en les traitant avec humanité, et surtout en se montrant fidèle observateur de la loi jurée. » Au lieu de cela, on les traite souvent comme des bêtes fauves, on les exploite comme des bêtes de somme, et lori viole audacieusement les promesses qu'ou leur a faites; comment s'étonner ensuite de ce qu'ils fuient le contact de la société policée ? ils ne la connaissent que par ses vices et ses abus. Et cependant la race indienne, habilement ménagée, serait bien plus profitable au pays que ne le sera jamais la race noire, si difficile à acclimater dans beaucoup de localités. En cherchant à civiliser les Indiens dans les contrées qu'ils occupent, on verrait le pays se peupler rapidement et ses ressources augmenter avec sa population.
Pardonnez-moi, chers, lecteurs, cette digression dans un ordre d'idée qui ne se rattache à la marimba que par le sort des malheureux dont c'est l'unique instrument de musique. J'ai visité le Brésil, pendant ma
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use LA MUSIQUE. LES MUSICIENS
jeunesse, et j'ai traversé ses forêts vierges où règne un silence immuable que vient seul rompre de loin en loin avec les cris des perroquets passant par bandes de plusieurs centaines par-dessus la haute cime des arbres naillmMres comme des nuages verts, la voix menaçante du jaguar dans le fourré. Le voyageur est bavard, c'est connu ; il partage ce défaut avec l'ancien militaire. Chacun raconte à sa façon ses campagnes et se platt à communiquer ses impres.sions et ses observations, en retombant, comme par une loi d'attraction, sur le sujet favori de ses pensées. La marimba touchait trop au noir et celui-ci trop à la liberté, pour que je pusse parler d'une de ces choses sans toucher à toutes les trois. C'est fait.
CONFÉDÉRATION ARGENTINE. — 13UENOS-AYRES.
Buenos-Ayres est, après Rio-de-Janeiro; la première ville de l'Aniérique du Sud, autant par le nombre-de ses habitants (environ 160,000) que par son caractère de civilisation déjà avancée, ses établissements publics, son esprit d'entreprise, l'état de son instruction et la protection qu'elle accorde aux arts. Colléges pour l'instruction de la jeunesse, écoles pour les filles, musés, bibliothèques, théâtres, rien n'y manque, pas même un théâtre français pour ces anciens fils de l'Espagne. Évidominent la musique y doit être en honneur. D'où vient donc qu'elle n'ait pas été plus convenablement représentée à l'Exposition ? Un seul exposant figure à la classe X : c'est M. Francisco Miron, qui nous a envoyé une timbale chromatique de son invention avec une méthode pour cet instrument.
J'ai vu un jour cette méthode enfermée dans une vitrine, et j'ai constaté qu'elle était dédiée à Verdi.
Je suis bien sùr que l'auteur du Trovalore ne s'attendait pas à cet honneur, lui qui n'a point été timbalier comme notre compositeur populaire, Adolphe Adam, et notre célèbre chanteur Duprez. Il ne faut voir clans cette dédicace qu'un hommage rendu au plus universel des compositeurs italiens de nos jours.
Depuis le moment où j'aperçus cette méthode de timbales dans sa cage de verre, j'ai tenté plusieurs fois d'en prendre connaissance ; mais il a été impossible au gardien de retrouver ce manuscrit. Un perfide amateur de timbales serait-il coupable de ce larcin? Si c'est un collectionneur de méthOdes, il n'y aurait rien là que de très-ordinaire,
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. ,511
les collectionneurs en tous genres étant capables des entreprises les plus téméraires et les plus, désespérées pour satisfaire leur passion. J'ai connu dans la Colombie un Français, enragé naturaliste, qui, après avoir effet des sommes•folles pour l'achat d'une araignée rare qui manquait à sa collection, épousa la fille du propriétaire de cet insecte. afin de posséder l'araignée, donnée en dot à la jeune personne. C'est l'araignée qu'il épousait. Il a pu y avoir incompatibilité d'humeur entre ce naturaliste et sa légitime; mais à coup silr il a fait bon ménage avec la petite bête à huit pattes et à huit yeux que l'astronome La- lande aimait à croquer comme on croque des noisettes. Les fredaines des médaillistes pour s'approprier certaines médailles formeraient tin in-folio, et l'enlèvement mystérieux de la méthode de timbale chromatique est un indice. Si jamais elle se retrouve, ce que je n'espère guère, hélas! et qu'elle me soit envoyée, je me ferai un véritable plaisir de l'étudier et de vous en donner mon avis.
LE PARAGUAY.
Un tambourin. — Un sifflet. — Une espèce de flûte sans clés et faite d'an
roseau.
C'était là toute l'exposition musicale de ce peuple héroïque qui, jusqu'au moment où nous écrivons ces lignes, a soutenu contre le Brésil et ses alliés, une guerre nationale digne de l'admiration de tous .les peuples.
Ce beau et malheureux pays n'est sorti de la paterne'mais abrutissante direction des jésuites espagnols, que pour tomber sous le gouvernement véritablement infernal du plus odieux despote qui fut jamais, y compris Néron et Caligula (deux excellents musiciens, entre 'parenthèse, mais dont la musique avait médiocrement adouci les moeurs). Le nom seul de ce tigre enragé, Gaspar Rodriguez de Francia, docteur en droit canon, épouvante encore les esprits. Quand il mourut, personne n'osait s'approcher de son cadavre pour l'ensevelir, tant on craignait que ce tyran infernal ne bit pas mort et ne se relevât de sa léthargie, pour ordonner de nouveaux supplices. s'était fait surnommer t'Intègre, Mais en sait depuis longtemps à quoi s'en tenir sur les beaux surnoms donnés aux rois absolus. L'intégrité de celui-ci consistait à jeter en,prisen des malheureux, sans aucun jugement; et quand les prisons étaient
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remplies, d'ordonner, au hasard de la corde et de la hache, l'exécution d'un certain nombre d entre eux, pour faire de la place à de nouveaux pmcormiers. Les prisons du docteur en droit canon étaient composées d'éiiiiites el. humides cellules plus affreuses que les plombs de Venise.
Un jour, ce despote odieux, qui, je crois, aimait aussi beaucoup la musique, visitait ses prisons. Dans un des cabanons les plus étroits, pourrissait un homme, sans lumière, sans air, presque sans nourriture.
Pourquoi suis-je ici? demanda le prisonnier qui n'était plus qu'un cadavre.
— Est-ce que je le sais, moi I dit plaisamment l'ancien élève de •Cordova. J'ai, ma foi I bien d'autres choses à penser 1 L'important, c'est que mes prisons soient toujours garnies pour inspirer à mes fidèles sujets une terreur salutaire. Puisque tu es ici, restes-y. Autant vaut toi qu'un autre.
Le dictateur était ce jour-là de bonne humeur. Il aimait parfois à rire, comme vous voyez.
L'époque moderne, dit le commandant Page, cité par le docteur Dernessay, n'a rien produit de comparable à ce régime odieux du dictateur du Paraguay. Pendant Cou t un quart de siècle, et au mépris des avis et des reproches des gouvernements étrangers, Francia régna en tyran sur ce beau pays et commit une feule de crimes, sous ce prétexte spécieux, érigé par lui en aphorisme, que la liberté doit être mesurée aux nommes sur leur degré de civilisation. A sa mort, malgré les exécutions sans nombre qui souillèrent son règne, les prisons de l'Assomption regorgeaient de prisonniers. Il y en avait plus de sept cents, dont quelques-uns enfermés depuis vingt ans, Comme les prisonniers de la Instille délivrés le 14 juillet, ces malheureux étaient physiquement anéantis, quelques-uns d'entre eux tombés dans l'idiotisme. En rentrant dans le monde, ils n'y ont retrouvé ni leurs foyers, ni leurs familles balayées par cet affreux courant de tyrannie.
Ne croyez pas que Francia soit mort assassiné par le père, la mère, le frère, l'amante d'une des victimes de sa farouche fantaisie, ni que les remorde aient abrégé ses jours. 1l a rendu tranquillement son âme à Dieu, dans un bon lit, en 1840, à l'âge honnête de quatre-vingt trois ans. Voyant que son médecin ne pouvait pas le guérir, il se fit donner un' sabre et essaya de lui fendre le crâne ; les forces lui manquèrent,
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
hélas t pour cette dernière exécution. Il mourut avec ce regret, tant il est vrai qu'il n'est pas de bonheur parfait en ce monde.
Ce monstre disparu, le Paraguay se sentit renaître sous le gouvernement régulier et humain du président Lopez. A la mort de ce dernier, son fils, Francesco Solano Lopez a été acclamé président par le congrès.
C'est lui qui gouverne, à l'heure où nous écrivons, cette nation si éprouvée, et qui semble avoir puisé son héroïsme dans l'excès méme de ses malheurs. Les hommes étant devenus insuffisants après plusieurs années d'une résistance à Pennemi,—adrnirahle résistance qui trouvera sa place dans le livre d'or du patriotisme des nations, — les femmes se sont enrôlées. Un jour, jour d'admiration et d'horreur, les Brésiliens, après une lutte acharnée, s'aperçurent qu'ils avaient combattu des femmes Des mères, des jeunes filles, mortes ou expirantes sur le champ de bataille
J'en ai dit assez pour faire comprendre que la musique doit nécessairement ôtre négligée au Paraguay. Ce n'est pas sans un sentiment de mélancolie que j'ai contemplé parmi les rares produits envoyés par ce pays, un tambourin, un sifflet et une sorte de flûte longue, percée, mais sans clés, J'ai' e d'un simple roseau. Les instruments de musique éveillent dansPesprit des idées riantes. Il me semblait, à la vue de ce tambourin, l'instrument des rondes provençales et de la flûte, l'instrument du pasteur amoureux, voir le Paraguay s'efforçant de sourire à l'Europe dans ses malheurs, pour verser après cet effort de sou coeur brisé, des torrents de larmes.... Passons.
ROYAUME HAWAIEN.
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